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Le yoga est intemporel

  • il y a 18 heures
  • 6 min de lecture

Ce que mes professeurs m'ont transmis

Femme qui pratique le yoga
Femme en posture de yoga


Quand on me demande d'où vient ma façon d'enseigner, je ne peux jamais répondre en une phrase. Le yoga est intemporel, ce n'est pas une mode, c'est un lieu, c'est un espace en soi. Ce que je suis en tant que professeure de yoga est un tissage — quatre fils différents entrecroisés, chacun apportant sa texture, sa force, sa couleur.


Je n'ai pas une certification officielle Iyengar. Ce que j'ai, c'est infiniment plus précieux : une lignée vivante. BKS Iyengar, puis Ramanand Patel, puis Hart Lazer, puis Donna Read. Et à côté de cette lignée, Javier Wilensky, qui vient lui aussi directement de BKS Iyengar. Ce que j'ai reçu n'a pas de diplôme. C'est une transmission de praticienne à praticienne, une connaissance incarnée, un regard sur ce que le yoga peut vraiment faire dans un corps et dans une vie.


Depuis presque vingt ans, je suis encore une éternelle élève et une enseignante qui transmet les connaissances de ses professeurs. Voici les piliers de cette transmission, et ce qu'ils créent pour vous aujourd'hui.


LA DOUCEUR COMME PORTE OUVERTE


Ma première formation s'appelait «Le yoga comme voie de transformation personnelle». Et c'est exactement ce qu'elle était. Deux ans qui furent bien plus qu'un apprentissage de postures : un vrai parcours d'initiation.


C'est auprès de Lyne Saint-Roch que j'ai vu qu'il y avait un océan devant moi, et j'ai commencé à mettre simplement le petit orteil dans l'eau. Elle m'a transmis une notion qui teinte tous mes cours aujourd'hui : la douceur. Pas la faiblesse, mais la douceur comme force. Apprendre à regarder les choses différemment, ne rien prendre pour acquis. Elle m'a donné la fondation philosophique profonde du yoga, non pas comme une théorie abstraite, mais comme un chemin de vie au quotidien.


L'INTELLIGENCE DE LA STRUCTURE


J'ai passé près de mille heures en formation pour comprendre l'architecture du mouvement. Ces heures n'ont pas été linéaires. Elles ont été une décortication minutieuse de chaque posture : pourquoi elle est construite comme elle l'est, ce qu'elle cherche dans le corps, comment la modifier.


C'est Hart Lazer qui a posé ces fondations solides. Il m'a montré comment bâtir des séquences intelligentes : pas une simple succession de postures, mais une logique, une progression, une intention qui unit tout. Il est le précurseur. L'intelligence derrière tout ce que je pratique et que j'enseigne aujourd'hui, dans la région de Montréal et bien au-delà.


Mais plus que tout, il comprenait l'humain avant la posture. Il m'a appris comment regarder quelqu'un qui est en crise émotionnelle ou corporelle, comment être présente, comment moduler ma voix, et comment être moi-même fermement établie pour pouvoir vous aider à vous enraciner.


L'INTELLIGENCE DU CORPS AU FÉMININ


Pour transmettre tout cela avec clarté, il me fallait les mots justes.

Donna Read est bien plus qu'une professeure dans ma lignée. C'est une amie, un pilier. Après des centaines d'heures passées à apprendre à ses côtés, je peux dire sans hésiter qu'elle possède une intelligence des asanas et une compréhension du corps qui dépasse celle de la grande majorité des enseignants que j'ai rencontrés.

Ancienne danseuse de ballet et vedette internationale dans le monde de l'aérobie, elle a étudié avec Hart Laser, Ramanand Patel, et avec Father Joe, un maître de l'Inde que j'ai moi-même eu la chance de rencontrer. Elle ne m'a pas seulement montré comment enseigner une posture, mais comment l'adapter, comment la faire progresser vers des variantes avancées tout en respectant notre anatomie féminine. C'est elle qui m'a montré comment expliquer le mouvement en français, avec clarté et précision, pour bâtir des séquences élégantes, fluides et profondément respectueuses de votre corps.


LA LIBERTÉ D'ALLER PLUS LOIN


Il y a dans la pratique une certaine prudence, une sagesse, mais on peut aussi transformer nos propres limites.


Javier Wilensky m'a apporté cette ouverture : la permission d'aller plus loin. En changeant certains petits détails dans l'alignement, en modulant la respiration, en utilisant les accessoires de façons nouvelles, on peut amener le corps beaucoup plus loin de manière sûre. Il m'a enseigné comment utiliser la chaise pour rendre une pratique avancée accessible à absolument tout le monde, et comment intégrer la respiration comme un élément vivant de chaque posture.


Son approche directe est résumée par une phrase qui a tout changé pour moi : La liberté, c'est le choix de ta prochaine pensée. Pas votre circonstance. Pas vos raideurs. Le choix de votre prochaine pensée.


CE QUE NOUS EN FAISONS : VOTRE ESPACE SUR LE TAPIS


Ce que j'enseigne aujourd'hui vient de cette lignée reçue. Et voilà comment elle prend forme quand vous venez pratiquer avec moi.


Quand vous entrez en classe, il y a d'abord un moment d'observation. Comment votre corps arrive-t-il ce jour-là ? Y a-t-il une blessure nouvelle, un évènement de la vie qui cause un certain stress ? C'est simplement d'observer, d'accueillir comment vous arrivez sur votre tapis de yoga. Et à partir de là, la séquence se module, parce que la pratique n'est jamais une formule toute faite. Elle se construit pour la personne qui est devant moi.


Chaque semaine a une architecture précise. Un thème. Une posture vedette. Une emphase anatomique spécifique. Par exemple : cette semaine, le thème est les extensions arrière, la posture vedette est l'arc, et l'emphase est la rotation externe des épaules. Chaque élément prépare le suivant. C'est logique. C'est intentionnel. Et c'est comme ça que chaque semaine mène quelque part.


Cette architecture, aussi soignée soit-elle, reste au service de qui est là. Si quelqu'un arrive avec une blessure au genou, on adapte. Si quelqu'un porte quelque chose de difficile ce jour-là, la pratique crée l'espace pour ça aussi. Parce que la séquence n'est jamais plus importante que la personne qui la vit.


Le yoga, avant toute chose, est une philosophie. Le premier enseignement est celui-ci : Yoga Citta Vritti Nirodhah. Calmer l'agitation de l'esprit. C'est notre première intention. C'est vers cela qu'on se dirige, vers une clarté de l'esprit en passant par le corps. Et ensuite, le deuxième enseignement qui défini ce qu'est une posture de yoga : Sthira Sukham Asanam. Être fermement établi dans un espace heureux. Respecter ses limites. S'ancrer dans vos pieds. Respirer profondément. C'est ça aussi l'espace heureux.


Avant que la pratique ne commence, nous posons une intention. Dès les premières minutes, on observe, on ralentit, on développe la pleine conscience. Et voilà la structure qui soutient tout ça.


On ouvre avec le Om (AUM). C'est un son sacré qu'on chante pour créer un espace avec soi-même, pour se déconnecter de ce qui se passait avant. Le « a » vibre au niveau du coeur, le « o » au niveau de la gorge, le « m » au niveau du cerveau. C'est très calmant.


Ensuite vient le centrage. Une période d'exercices de respiration où l'on s'enracine, où le système nerveux ralentit. Puis l'échauffement ouvre le corps progressivement. Chaque mouvement prépare le suivant. Si on travaille vers une extension arrière, l'échauffement prépare le dos, les épaules, les hanches pour cette direction. Rien n'est fait par hasard.


Puis la période d'intensité : les postures debout, les inversions, une séquence. Il y a toujours des variations, toujours une solution. Ceux et celles qui arrivent pour la première fois peuvent pratiquer aux côtés de ceux ou celles qui pratique depuis dix ans. Les accessoires — les blocs, la chaise, les sangles — ne sont pas des compromis. Ce sont des outils d'intelligence qui permettent de faire la posture de façon alignée et sécuritaire.


Il y a une attention constante à vos blessures spécifiques. La pratique se module pour créer l'espace où chacune peut trouver du calme. Parfois il y a de l'humour aussi, parce que le yoga n'est pas grave. La professeure n'est pas parfaite. C'est vivant. C'est authentique.


Après l'intensité, on redescend au sol vers le calme, avec une contre-posture pour revenir à l'équilibre. Pendant toute la pratique, il y a de la guidance, de la collaboration, de l'attention. Des questions. Est-ce que vous sentez ça ? Est-ce qu'on s'entend que vous faites attention à vos épaules ? Ce ne sont pas des directives, mais une invitation à vérifier par vous-même, à être responsable de votre propre pratique.


Et à la fin, on repose le corps et l'esprit avec une courte relaxation en Savasana, on ferme. On chante le Om (AUM) de nouveau pour revenir dans la vie. Puis, en signe de gratitude, l'intention finale est déposée pour tous : Puissions-nous tous avoir accès à la joie, à l'amour, à la santé et à la paix intérieure. Namasté.


La transmission n'est pas finie. Elle continue à travers moi, vers vous. C'est cela, la vraie transmission du yoga. Pas un système figé. Une lignée vivante.


NOTE DE L'AUTEURE


Marie-Josée Rioux est fondatrice de Centre Yoga Santé et de Virtuel Yoga Santé. Certifiée Yoga Alliance RYS 500, elle enseigne un yoga classique inspiré de la méthode B.K.S. Iyengar depuis presque vingt ans.

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